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Le travail de nuit en France : cadre juridique, conditions et droits


travail de nuit & pénibilité 2025

Le travail de nuit reste une organisation du temps de travail strictement encadrée par le code du travail, en raison de ses impacts sur la santé, la sécurité et la vie sociale des salariés. des réformes successives (2016, 2017, 2021, 2023) et une jurisprudence récente (2022–2025) ont renforcé ce cadre. ce guide synthétise les définitions légales, les limites horaires, les compensations, les droits des salariés et les risques pour l’employeur.

>Travail de nuit : ce qu’il faut retenir

  • Le travail de nuit est défini légalement (article l3122-2) comme toute activité entre 21 h et 6 h, avec adaptations possibles par accord collectif.
  • Le statut de travailleur de nuit suppose une exposition régulière : au moins 3 h de nuit 2 fois par semaine ou 270 h de nuit sur 12 mois consécutifs.
  • Les durées de travail sont strictement limitées (8 h consécutives, 40 h en moyenne sur 12 semaines, repos de 11 h), avec dérogations encadrées.
  • L’employeur doit respecter une procédure lourde (cse, duerp, médecin du travail, parfois inspection du travail) avant de mettre en place ou modifier le travail de nuit.
  • Le travail de nuit ouvre droit à des compensations obligatoires (majorations, repos, c2p) et à un suivi médical renforcé.
  • Le salarié peut, dans certains cas, refuser le travail de nuit ou demander un reclassement sur un poste de jour.
  • Une jurisprudence récente (2023–2025) renforce la protection : préjudice automatique en cas de dépassement de durée, rappel sur la qualification de travailleur de nuit, encadrement du télétravail nocturne.
Point-clé

Le travail de nuit reste un dispositif d’exception : il doit être justifié, compensé, contrôlé et suivi médicalement, sous peine de risques importants pour l’employeur.

Définition légale du travail de nuit

Selon l’article l3122-2 du code du travail, le travail de nuit correspond à tout travail accompli entre 21 h et 6 h, sauf dispositions particulières prévues par un accord collectif ou une convention d’entreprise.

Le principe reste celui d’un recours exceptionnel : le travail de nuit doit être nécessaire à la continuité de l’activité économique ou à des services d’utilité sociale (hôpitaux, transports, sécurité, presse, production continue, services numériques 24/7…).

Par accord collectif, le cadre de référence peut être adapté, par exemple :

  • 22 h–7 h ;
  • ou minuit–7 h pour certains secteurs (médias, spectacle vivant, discothèques, zones touristiques internationales).

Dans tous les cas, le travail de nuit doit inclure au minimum la tranche minuit–5 h du matin.

La qualification de travailleur de nuit

L’article l3122-5 définit le travailleur de nuit comme :

  • le salarié qui accomplit au moins 3 heures de travail de nuit au moins 2 fois par semaine pendant la plage 21 h–6 h ;
  • ou le salarié effectuant au moins 270 heures de travail nocturne sur 12 mois consécutifs.

Cette qualité peut être explicitement mentionnée au contrat ou résulter de la pratique constante. elle entraîne :

  • des droits spécifiques (compensations, priorités de reclassement) ;
  • des obligations renforcées pour l’employeur en matière de suivi médical et d’évaluation des risques.

Durées maximales du travail de nuit

Le travail de nuit obéit à des limites très strictes :

  • Durée quotidienne maximale : 8 heures consécutives, sauf dérogation prévue par accord collectif ou autorisation de l’inspection du travail (articles l3122-6 et r3122-1).
  • Durée hebdomadaire moyenne : 40 heures en moyenne sur 12 semaines consécutives (portée à 44 heures par dérogation).
  • Repos minimal : 11 heures consécutives entre deux journées de travail.

L’inspection du travail peut autoriser, à titre exceptionnel, un dépassement de la limite journalière (par exemple pour raisons techniques ou d’urgence), après consultation du cse.

Obligations de l’employeur avant la mise en place

L’employeur ne peut instaurer ou modifier une organisation de travail de nuit sans respecter une procédure préalable :

  • Consultation du cse sur le projet d’organisation nocturne (article l2312-8).
  • Évaluation des risques dans le duerp, incluant santé, sécurité, vie sociale et impacts sur le sommeil.
  • Consultation du médecin du travail avant toute décision importante (article l3122-10).
  • Autorisation de l’inspection du travail si des dépassements d’horaires ou cas non couverts par accord collectif sont prévus.
Réforme 2023

La réforme santé au travail de 2023 renforce l’obligation d’évaluer les effets du travail nocturne sur la santé mentale et le sommeil, et pas seulement sur les risques physiques.

Restrictions liées à l’âge et à la situation personnelle

Salariés mineurs

Le code du travail interdit en principe le travail de nuit pour les mineurs (article l3163-1) :

  • de 22 h à 6 h pour les jeunes de 16 à 18 ans ;
  • de 20 h à 6 h pour les moins de 16 ans.

Des dérogations limitées existent (boulangerie, hôtellerie-restauration, spectacle vivant) sous conditions : autorisation de l’inspection du travail et accord des parents.

Salariées enceintes

Une salariée enceinte peut demander son affectation sur un poste de jour sans perte de rémunération dès que le travail de nuit met en danger sa santé ou celle de l’enfant (article l1225-9).

Compensations et rémunération du travail de nuit

1. Rémunération majorée

Les modalités de majoration sont fixées par accord collectif ou convention de branche. à défaut, la pratique retient souvent des majorations de l’ordre de 25 à 30% du taux horaire brut, avec des variations sectorielles (santé, logistique, industrie…).

Certains accords prévoient en plus une prime forfaitaire de nuit pour les équipes permanentes.

2. Repos compensateur

Même en l’absence de prime, le salarié de nuit doit bénéficier d’un repos compensateur tenant compte du surcroît de fatigue (article l3122-8). ce repos est obligatoire et ne peut être remplacé par un simple versement d’argent sauf disposition expresse de la convention.

3. Pénibilité et C2P

Le travail de nuit est un facteur de pénibilité reconnu. le compte professionnel de prévention (c2p) permet d’accumuler des points si le salarié est exposé au moins 120 nuits par an.

Ces points peuvent financer :

  • une formation de reconversion ;
  • un passage à temps partiel compensé ;
  • un départ anticipé à la retraite.

Depuis le décret du 1er septembre 2023, les employeurs doivent déclarer ces expositions via la dsn (déclaration sociale nominative).

Suivi médical du travailleur de nuit

Les articles l4624-1 et r3122-11 prévoient un suivi médical renforcé pour les travailleurs de nuit, visant à :

  • évaluer les conséquences sur la santé physique, le sommeil et la vie sociale ;
  • prévenir les risques cardiovasculaires, métaboliques et psychologiques ;
  • vérifier la compatibilité du poste avec l’état de santé du salarié.

Chaque travailleur de nuit bénéficie :

  • d’un examen médical préalable à l’affectation ;
  • de visites périodiques, en général tous les 6 à 12 mois ;
  • d’un éventuel suivi post-exposition en cas de retour durable sur un poste de jour.

En cas d’inaptitude médicale, l’employeur doit rechercher un reclassement sur un poste de jour avant tout licenciement.

Droit au reclassement sur un poste de jour

L’article l3122-14 prévoit qu’un travailleur de nuit peut demander un poste de jour pour raisons de santé ou personnelles. l’employeur doit alors :

  • examiner en priorité cette demande ;
  • informer le salarié des postes disponibles compatibles avec sa qualification ;
  • proposer, si possible, une adaptation du poste ou de l’horaire.

Ce reclassement est particulièrement prioritaire pour les salariées enceintes ou les salariés dont l’état de santé est incompatible avec le rythme nocturne.

Refus du travail de nuit : un droit encadré

Aucun salarié ne peut être sanctionné ni licencié pour avoir refusé un poste de nuit si :

  • ce refus est justifié par des obligations familiales impérieuses (garde d’enfant, proche dépendant) ;
  • ou si le travail de nuit n’était pas prévu dans le contrat de travail initial.

L’instauration du travail de nuit constitue alors une modification du contrat nécessitant l’accord du salarié. en revanche, si le travail de nuit était contractualisé dès l’embauche, un refus persistant peut être analysé comme une faute contractuelle, appréciée au cas par cas par les prud’hommes.

Temps de pause, repos et conditions matérielles

Un salarié de nuit bénéficie :

  • d’un repos quotidien de 11 heures consécutives ;
  • d’un repos hebdomadaire de 35 heures ;
  • d’un temps de pause d’au moins 20 minutes après 6 heures de travail continu (article l3121-33).

L’employeur doit aussi veiller à des conditions matérielles adaptées : locaux chauffés, éclairage suffisant, accès à un espace de repos et à des boissons chaudes.

Certaines entreprises (sécurité, santé) autorisent un repos de vigilance (micro-sommeil) encadré. la cour de cassation a jugé, le 22 septembre 2015 (n°14-13.965), qu’un simple assoupissement ponctuel ne constituait pas une faute grave.

Télétravail et travail de nuit

Depuis la généralisation du télétravail, certaines organisations prévoient des permanences de support ou techniques entre 22 h et 6 h.

Le code du travail n’interdit pas le télétravail de nuit, mais impose les mêmes règles que sur site : limites horaires, repos, suivi médical équivalent.

Les accords de télétravail doivent préciser :

  • les plages de disponibilité ;
  • les modalités de compensation (prime, repos) ;
  • les moyens de prévention de l’isolement et du surmenage numérique.

Des décisions récentes (cour d’appel de paris, 17 janvier 2023) ont qualifié des connexions imposées la nuit de travail de nuit non déclaré, ouvrant droit à majoration et repos.

Rôle du CSE et de la négociation collective

Le cse joue un rôle central dans l’encadrement du travail de nuit. pour toute mise en place ou modification d’un cycle nocturne, il :

  • est consulté au moins une fois par an sur la politique sociale et les conditions de travail ;
  • examine les aménagements du temps de travail ;
  • peut proposer des mesures de prévention (transport, logement, restauration nocturne) ;
  • veille à l’équité des dispositifs de compensation.

En 2025, la négociation d’entreprise reste le levier principal pour adapter les horaires nocturnes. certaines branches (transport, logistique, santé) ont renforcé leurs accords pour mieux encadrer la pénibilité et les rythmes alternés (3x8, 4x12…).

Travail de nuit : un facteur de pénibilité reconnu

Travailler la nuit perturbe le rythme circadien, favorise la fatigue chronique, les troubles du sommeil, et augmente les risques cardiovasculaires et métaboliques.

Les études de l’inrs montrent qu’une exposition de plus de 10 ans au travail de nuit est associée à un risque accru de maladies chroniques.

Pour cette raison, la reconnaissance de la pénibilité via le c2p est essentielle, et l’état encourage :

  • des aménagements d’horaires pour les salariés de plus de 55 ans ;
  • des réductions progressives d’exposition pour les salariés présentant des pathologies liées au travail nocturne.

Jurisprudence récente (2022–2025)

Dépassement des durées maximales : préjudice automatique

Le 27 septembre 2023 (n°21-24782), la cour de cassation a jugé que le dépassement de la durée hebdomadaire maximale de travail de nuit (40 h sur 12 semaines) cause un préjudice nécessaire au salarié, ouvrant droit à réparation sans preuve supplémentaire. la charge de la preuve du respect des limites pèse sur l’employeur.

Contreparties : statut de travailleur de nuit requis

Un arrêt du 4 novembre 2025 rappelle que les contreparties obligatoires (repos ou majoration, article l3122-39) exigent la qualification de travailleur de nuit (2 nuits/semaine ou 270 h/an). sans ce statut, il n’y a pas de droit automatique à compensation, même si du travail est ponctuellement effectué de nuit.

Suivi médical : preuve du préjudice indispensable

Le 11 mars 2025 (n°21-23.557), la cour de cassation, dans le sillage de la cjue (20 juin 2024, c-367/23), a décidé que l’absence de visite médicale préalable ou périodique n’ouvre pas droit à réparation automatique : le salarié doit démontrer un préjudice distinct.

Télétravail de nuit et déconnexion

Les cours d’appel (paris 17 janvier 2023, lyon) ont reconnu que des connexions imposées la nuit via des outils numériques pouvaient être qualifiées de travail de nuit non déclaré, ouvrant droit à majoration et repos, et rappelant l’importance du droit à la déconnexion.

Autres décisions marquantes

  • 14 mai 2025 (n°24-14.319) : intégration de l’ensemble des périodes de nuit comme temps de travail effectif au sens de la directive 2003/88.
  • 19 mars 2025 : rappels de salaire pour heures supplémentaires de nuit non majorées.
  • 7 février 2024 (n°22-18.940) : réaffirmation du caractère exceptionnel du travail de nuit (article l3122-1).
Tendance jurisprudentielle

les juges renforcent la protection des salariés de nuit, tout en exigeant de plus en plus souvent la preuve du préjudice. cela encourage les employeurs à investir dans la prévention, la traçabilité des horaires et un dialogue social actif.

Plannings, majorations, C2P : sécuriser la paie des travailleurs de nuit

Entre les majorations de nuit, les repos compensateurs, les déclarations de pénibilité et la jurisprudence récente, la gestion des salariés de nuit impacte directement la paie, la dsn et le risque social. externaliser ce suivi permet de réduire les erreurs et de sécuriser vos obligations.

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Conclusion

En 2025, le travail de nuit demeure un dispositif d’exception dans le droit français. il vise un équilibre entre compétitivité des entreprises et protection de la santé des salariés.

L’employeur doit :

  • respecter scrupuleusement les dispositions légales et conventionnelles ;
  • évaluer et prévenir les risques physiques et psychiques liés au travail nocturne ;
  • assurer un suivi médical adapté et un dialogue social réel via le cse ;
  • mettre en œuvre des compensations justes (prime, repos, c2p).

De son côté, le salarié dispose de garanties solides : droit au refus dans certains cas, suivi médical régulier, priorité au reclassement, accès aux dispositifs de pénibilité. un travail de nuit bien encadré repose donc sur un triptyque : information claire, prévention active et respect des droits fondamentaux.